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SOBRIETE ET ENTREPRISE partie 1 comprendre

Article écrit par Carole STIRNEMANN, fondatrice de PRAGMA CS et BIS'PRO et François BENOIT-CATTIN
Témoignage de Alexandre Vigier, entreprise MANY -VIGIER en fin d'article

Pourquoi parle-t-on de ce sujet



La Sobriété est un terme qui aura marqué l’année 2022 ; mais que signifie-t-il pour chacun de nous ? pour chacune de nos entreprises ?

Quelle est notre position à ce jour quant à ce « concept » de sobriété ?

Depuis 1972 et le Rapport Meadows, les Sommets mondiaux et les rapports du GIEC se sont succédé. Autant de données factuelles qui commencent enfin à être prises en compte sérieusement aujourd’hui. Chacun le sait désormais, le climat impacte directement le quotidien, les entreprises, leurs approvisionnements, leurs productions, leur trésorerie, …

Le premier pas est donc fait : Sortir du déni, et enclencher l’étape du projet de transition.

Le « dossier » que nous vous proposons sur ce thème comporte 2 volets. Le premier est abordé dans cette Lettre, le second, en 2 parties, dans la prochaine.

  1. Comprendre la Sobriété au-delà d’un acte de repli, de modération comme un élan vers le futur, la réduction de risques et les gains assurés

  2. Établir et déployer une stratégie intelligente focus Sobriété

Qu'est-ce que la Sobriété ?


« Sobriété : seulement pour passer l’hiver ? » titrait justement une chronique parue dans Les Echos le 3 janvier dernier. Réduire la Sobriété à une réduction subie de consommation, notamment celle d’énergie, une sorte de mauvais moment à passer, n’a pas de signification pour une entreprise. Car on ne consomme pas de l'énergie (ou toute autre ressource) pour consommer de l’énergie ! Mais pour disposer d’un service qui va être apporté par un moyen dont l’activation va nécessiter des ressources, ce qui va entraîner des conséquences, les Impacts.


L’application de la Sobriété est la maîtrise des deux termes du ratio :

Impacts du moyen activé / Service souhaité

Ce ration correctement calculé sera comme un ROI, un retour sur équilibre ici

Comprenons donc maintenant ce qu'est un service et un impact


Qu’est-ce qu’un « service » ?

C’est la réponse à un « besoin nécessaire pour … » . On distingue 3 univers de « services » dans l’entreprise :

  • Les services liés au Produit, pour assurer les besoins des clients directs, des utilisateurs.

  • Les services liés au Process, pour assurer les besoins de la production

  • Les services « Corporate » : pour assurer les besoins propres de l’entreprise en tant qu’organisation vivante.

Qu’est-ce que les impacts ?

Ce sont les effets générés pour et par la mise en œuvre d’un « moyen » pour produire le « service » attendu, les consommations (appros) et les rejets (émissions et déchets) : coûts (impact financier) dépendances et vulnérabilités, (in)disponibilité, (in)accessibilité (risque d’appro), interdictions et obligations (risque juridique), et impacts globaux ou diffus sur l’écologie, le climat, le confort de vie, …

Les impacts se manifestent :

  • dans le cadre même de l’entreprise

  • dans son territoire immédiat

  • en aval : effets sur le client, l’utilisateur final et leur environnement

  • en amont par la production et le transport des intrants : consommables (énergie notamment), matériaux et composants.

Quelle est la logique de Sobriété à déployer ?

Elle passe par trois questions à formuler puis traiter dans l’ordre.

1 : Suffisant ? 2 : Efficace ? 3 : Remplaçable ?

(*) : les termes utilisé par le GIEC et l'ADEME : Eviter + Améliorer + Remplacer

1 La SUFFISANCE ( ou sobriété ) pour « éviter* »

« Quels sont nos services essentiels et non essentiels ? Quel est le niveau suffisant pour les services qui sont essentiels? »

L’entreprise va collectivement redéfinir le niveau « essentiel, suffisant, réel » de ses services selon ses réels besoins mais aussi les impacts. D’où l’importance d’identifier et mesurer ces impacts. Elle va ainsi mettre en avant ses points sensibles, ses vulnérabilités.

Pour parvenir à supprimer ou réduire le « non essentiel », ce qui est au-delà du « suffisant », l’innovation sera principalement organisationnelle et sociale (donc demandant un investissement immatériel)., Les délais de mise en œuvre sont ensuite courts, voire instantanés. Les changements opérés peuvent être, si besoin à l’expérience, ajustés, révisés.

  • Exemple (1) : le service/besoin de « confort thermique dans les bureaux en période froide ». Après analyse (coûts, impact carbone, ressenti…), il est décidé de baisser de x degrés le niveau de température.

  • Exemple (2) : le service>/besoin de « temps d’ouverture de l’entreprise ». Après analyse des impacts (coûts, empreinte carbone, organisation, relation clients, conditions de travail), un temps optimal de 4 jours par semaine, contre 5 actuellement, est retenu et mis en œuvre. C’est évidemment plus complexe que de réduire d’1 ou 2 degrés la température de chauffage et la conception, la préparation comme la mise en œuvre nécessitent implication des acteurs et innovation.

2 L’EFFICACITE, pour « améliorer* »

La deuxième question s’applique aux moyens produisant les services et niveaux de service statués essentiels :

« Comment assurer le service souhaité décidé essentiel et améliorer l’impact? ».

On cherche dans l’efficacité (efficience) à conserver le niveau suffisant de service souhaité, tout en réduisant consommations et impacts des moyens mis en œuvre.

On procède le plus souvent par ajout ou modification d’un dispositif matériel technique, l’innovation sera d’abord d’ordre technologique et l’investissement requis matériel. Cela nécessite délais de mise en œuvre, investissement financier.

Le calcul du « ROI » n’est pas que global et financier : ainsi, pour l’impact carbone, le « I » du ROI inclura l’énergie « grise » incorporée, qui aura été consommée pour la production et l’installation de l’équipement générateur de l’« efficacité » attendue. L’identification des impacts critiques et leur mesure au niveau de l’ investissement et en fonctionnement est un point clé.

  • Exemple (1) : confort thermique de bureaux. Ayant déjà gagné en sobriété (consommation d’énergie, coût financier, émissions de GES) par la diminution de la température, on peut encore réduire les impacts en isolant les bureaux.

  • Exemple (3) : récupérer la chaleur fatale d’un processus de fabrication et la recycler en amont. Ou la transférer en aval pour le chauffage de serres de maraîchage.

  • Exemple (4) : Faire se déplacer dans un même véhicule (covoiturage) plusieurs personnes se rendant au même endroit. Ici, si le « véhicule » est déjà disponible, l’investissement requis est essentiellement d’ordre organisationnel, immatériel.

3 La substitution, pour « remplacer*»

« Pour encore être meilleur, que peut-on remplacer, changer ? ».

Cette troisième action peut être associée à l’une des 2 premières ou venir s’ajouter :

1- Au niveau du service, pour éviter (sobriété) . Exemples :

  • Substituer une visioconférence à une réunion en présentiel,

  • Substituer un déplacement en train à un déplacement en voiture,

  • Ou, on le sait : substituer un pull à col roulé à un chauffage à 21°.

2- Au niveau du moyen pour améliorer (efficacité). Exemples :

  • Substituer une pompe à chaleur à une chaudière au fuel,

  • Substituer un procédé à froid à un procédé à chaud,

  • Substituer un système interne d’autopartage à un parc de véhicules individuels.

3- Au niveau des intrants (consommables, matériaux, composants). Exemples :

  • Substituer une énergie d’origine renouvelable à une énergie fossile,

  • Substituer un composant recyclé à un composant neuf.

Les 3 modes ne s’excluent donc pas mais, au contraire, se complètent et combinent leurs effets en optimisant l’ensemble avec des « boucles de rétroaction ».


Comment maintenant passer à l’action dans chacune de nos entreprises ?

Nous vous proposerons dans la prochaine Lettre d’aborder les points suivants :
Etablir et déployer une stratégie intelligente focus Sobriété et en quoi cela peut être profitable,
Comment mettre en œuvre une stratégie Sobriété et en quoi cela peut être facile.

TEMOIGNAGE



Alexandre VIGIER, dirigeant de MANY VIGIER

Entreprise crée en 1979 et acquise par Alexandre Vigier en 2005

Histoire : Agrandissement de l’usine de production en 2009 et 2018, création d’agences à Bayonne en 2017 et Mont-de-Marsan en 2022, rachat d’une agence à Poitiers en 2022

Situé à BLANQUEFORT Activité : AMENAGEMENT DE VEHICULE UTILITAIRE CA en 2021 : 7 millions € Effectif : 45



Comment êtes-vous entré dans cette recherche d’amélioration « sobre » ?

« J’ai déménagé en 2017 dans un endroit ou la nature prédomine et j’ai effectué une restauration avec les nouvelles façons de faire pour assurer une maison plus responsable. J’y ai de suite vu les bénéfices et les économies engendrées. Les nouvelles habitudes ( ce que vous appelez la partie sobriété ????) étaient devenues sympas et agrémentées d’un sentiment de fierté, d’accomplissement.

J’avais envie de procurer cette satisfaction pour et dans mon entreprise pour qu’elle transpire aussi chez eux, avec leurs proches. Un effet papillon vertueux . Un jour, sur un coin de table, j’ai fait quelques calculs de réitération de ces actions sur mon entreprise. Le ratio est de 1 à 50 sur le périmètre de l’entreprise ( 50 fois plus de déchet, de consommation, de déplacement). Et devenir de 1 à 100 en partant sur le fait que ces pratiques s’étendrait par la suite sur le privé des salariés ( si non déjà fait, bien sûr) »

Comment et qu’avez donc fait au concret dans votre entreprise et son périmètre

  • Nous avons installé une centrale photovoltaïque de 500 m2 en 2019 . Nous faisons 10 000 euros d’économie et cela autofinance l’emprunt et est donc transparent dans la trésorerie. De plus , avec aujourd’hui les augmentations tarifaires, le temps d’amortissement ( de 7 ans au démarrage) va être beaucoup plus court.

  • Lors de la construction du nouveau bâtiment, nous avons investi dans une isolation qui nous permet aujourd’hui de ne pas chauffer l’hiver et pas de climatisation l’été. Et je peux vous dire que la différence entre ce bâtiment et l’ancien est très palpable

  • Nous avons installé une bande de recharge pour les véhicules électriques avec la proposition au personnel de pouvoir se charger gratuitement pour compenser le trajet domicile travail.

  • Nous proposons à nos collaborateurs : covoiturage dans la zone industrielle – achat de 2 vélos pour le trajet gare-entreprise.

  • Pour éviter les pics de consommation , nous avons revu les heures de démarrage des équipements et installé des variateurs, tensiomètres pour baisse des consommations non utiles

  • Nous avons aujourd’hui 21 tris sélectifs avec une organisation naturelle pour les dépôts en lieu dédié

  • Nous travaillons aussi sur les achats responsables : Une charte en cours a été émise à nos fournisseurs pour les challenger sur la diminution des emballages

  • De mon côté, j’ai animé une commission sur Bordeaux ( Planète) pour partager avec mes pairs sur cette nécessaire démarche à déployer, tant d’un point de vue écologique qu’économique

  • Nous participons dans la Zone indus de Blanquefort qui est un écoparc pour mutualiser des actions de type Eco circulaire via des groupes de travail ( plate-forme ZIRI)

En définitive, nous sommes plutôt satisfaits car, nous avons réalisé toutes ces actions par conviction, sans réellement communiquer. Aujourd’hui, pas de greenwashing à Manny, nous faisons réellement et nous communiquons ce qui a été fait et ce que nous allons poursuivre dans la continuité : un label pour 2023,


Qui agit dans votre entreprise pour cette voie « verte » ?

Tout le monde. Les opérationnels sont intégrés, proactifs, incités à proposer des actions simples.

La démarche Lean en place, très basée sur la Valeur est aussi un pilier d’actions. Il va nous aider surtout sur les produits. Eco-concevoir !

Nous nous appuyons bien sûr sur des aides extérieurs, comme actuellement pour le projets des achats responsables : l’ADEME, la Région Nouvelle Aquitaine et CCI, ZIRI, BPI France.

Si vous aviez une phrase à dire pour inciter d’autres entreprises à entrer, accélérer cette démarche sobre ?

''Cette démarche environnementale, au-delà d’être indispensable pour la planète, est source d’économie pour les entreprises et a chaque fois, source de mieux être pour les collaborateurs ''

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